Benchmarks du consentement 2026 : ce que disent Didomi, Commanders Act et Cookiebot, et ce qu'ils ne disent pas
Par L'équipe ConsentLift · publié le · mis à jour le
« On est à 62 %, le benchmark dit 78 %. » La phrase revient souvent en réunion, et elle mène presque toujours à la mauvaise conclusion. Avant de comparer, il faut savoir ce que le chiffre du benchmark compte, sur quels sites, et avec quelle définition. Nous avons relu les trois sources les plus citées en France.
Ce que publient les trois études
Didomi : le plus détaillé, sur les données 2025
Didomi a publié en 2026 son étude annuelle sur les données collectées en 2025, déclinée en plusieurs articles. Les chiffres principaux :
- Par région (article du 19/03/2026) : taux de consentement de 75,1 % en Europe de l'Ouest, la région la plus basse, « fortement tirée » par la France à 71 %. Selon la reprise de The Media Leader, l'opt-in va de 55,7 % (Europe de l'Ouest) à 67,6 % (Europe de l'Est), et la part « sans choix » (bannières sans décision) de 21,7 % à 27,4 % selon les régions.
- Par secteur (article du 25/05/2026, 16 secteurs européens) : taux de consentement de 69,6 % (énergie) à 82,7 % (médias), opt-in de 49,8 % (high-tech et télécoms) à 64,4 % (médias), part sans choix de 22,6 % à 35,1 %.
C'est la seule des trois sources qui publie les trois chiffres côte à côte, et ils sont cohérents entre eux. Pour les médias, 82,7 % de consentement appliqués aux 77,4 % de visiteurs qui répondent donnent environ 64 % d'opt-in, ce que publie Didomi. Le recoupement tient à moins d'un point près pour les 16 secteurs.
Ce que l'étude ne dit pas, dans les articles publics : la taille de l'échantillon (« des centaines de millions d'interactions »), la façon dont les robots sont traités, et si les moyennes sont pondérées par le trafic ou calculées site par site.
Commanders Act : 1 301 bannières françaises en 2025
Le Baromètre Privacy 2025 porte sur 1 301 bannières déployées sur des sites français entre le 1er janvier et le 31 mai 2025. Sa définition est explicite : le taux de consentement rapporte les acceptations aux visiteurs qui ont fait un choix, les « pas de choix » étant exclus.
- Taux de consentement moyen : 78,06 %, et donc 21,94 % de refus parmi ceux qui répondent.
- Par secteur : de 68,69 % (B2B et corporate) à 84,16 % (voyage et tourisme), en passant par 69,87 % pour les médias et 81,09 % pour la distribution.
Le baromètre 2026, publié le 15/06/2026, porte sur 2 391 configurations de CMP, avec des données arrêtées en février 2026. Sa page publique retient qu'un visiteur qui interagit avec la bannière accepte « près de 7 fois sur 10 », et signale un écart de 41 points de « sans choix » entre l'administration et le B2B sur ordinateur. L'étude complète est accessible sur formulaire ; nous ne l'avons pas lue.
Deux limites à garder en tête. L'échantillon est celui des clients de Commanders Act, plutôt de grandes marques françaises, avec une CMP configurée par des équipes spécialisées. Et le chiffre de tête est un taux de consentement : il ne dit rien des visiteurs qui ne répondent pas.
Cookiebot : un benchmark dans le tableau de bord
Cookiebot ne publie pas d'étude, mais propose un module de comparaison dans son interface. Le site est comparé à la médiane et au premier quartile de son secteur et de son pays, ou du monde entier quand le pays manque de données. Le calcul est refait chaque jour, et un domaine sous 100 événements de consentement sur 30 jours n'est pas comparé.
La définition donnée par la documentation est la plus floue des trois : « le pourcentage de visiteurs ayant donné leur consentement, rapporté à toutes les interactions ». On ne sait pas si « toutes les interactions » inclut les bannières restées sans réponse. Avant d'exploiter ce chiffre, il faut poser la question à l'éditeur.
Un conseil de la même documentation est à retenir, quel que soit l'outil : attendre une à deux semaines après une modification de la bannière avant d'en juger l'effet.
Cinq raisons pour lesquelles votre chiffre ne se compare pas directement
1. Le dénominateur. C'est l'écart le plus important, et de loin. Un taux de consentement à 78 % et un opt-in à 55 % peuvent décrire exactement les mêmes visiteurs. Avant toute comparaison, mettez les deux chiffres dans la même unité. Notre article sur la différence entre taux de consentement et taux d'opt-in détaille le calcul.
2. L'échantillon. Chaque éditeur mesure ses clients. Un site qui choisit une CMP orientée performance, et qui paie pour l'optimiser, n'est pas un site moyen. Les benchmarks décrivent la clientèle d'un éditeur, pas le web français.
3. Les robots. Aucune des trois sources ne dit si elle les filtre. Or un robot voit la bannière et ne clique jamais : selon qu'on le retire ou non, l'opt-in et la part sans choix changent. Le taux de consentement, lui, n'est pas touché, puisque les robots ne décident pas. C'est une raison de plus pour laquelle les benchmarks mettent en avant ce taux-là : c'est le plus stable d'une méthode à l'autre.
4. Le secteur et l'appareil. Commanders Act trouve 15 points d'écart entre le B2B et le voyage, Didomi 13 points entre l'énergie et les médias. Et l'appareil compte autant que le secteur : le baromètre 2026 relève jusqu'à 41 points d'écart de part « sans choix » entre deux secteurs sur ordinateur. Une moyenne tous secteurs et tous appareils ne vous concerne presque jamais.
5. La moyenne elle-même. Une moyenne calculée site par site donne le même poids à un blog et à un grand site marchand. Pondérée par le trafic, elle reflète surtout les gros sites. Aucune des études publiques ne précise laquelle elle utilise.
Comment s'en servir quand même
Les benchmarks restent utiles, à condition de leur demander ce qu'ils peuvent donner.
Pour situer un ordre de grandeur. Un site français à 45 % de taux de consentement (et non d'opt-in) est nettement en dessous de tout ce qui est publié. Cela mérite un audit de la bannière. Un site à 74 % au lieu de 78 % n'apprend rien : l'écart est plus petit que les différences de méthode.
Pour repérer un problème de visibilité. Si votre part de bannières sans réponse dépasse largement la fourchette de Didomi (21,7 % à 35,1 % selon la région et le secteur), la question n'est probablement pas le texte de la bannière, mais son affichage : position, délai, conflit avec une autre fenêtre, bug sur un navigateur. Les contrôles 8 à 10 de notre check-list d'audit couvrent ces cas.
Pour cadrer une discussion avec un client. Montrer la fourchette du secteur, avec sa source et sa définition, évite de promettre un chiffre. C'est plus honnête et plus solide qu'un « la moyenne est à 78 % ».
Pas pour fixer un objectif. Le seul repère qui tient dans le temps, c'est le site comparé à lui-même, avec une définition stable et chaque changement de bannière daté. Un opt-in qui passe de 52 % à 58 % après une refonte, mesuré de la même façon avant et après, vaut mieux que n'importe quel benchmark. C'est le principe de notre protocole de migration de CMP.
Les questions à poser avant de citer un chiffre
- Quel est le dénominateur : bannières affichées, visiteurs, ou décisions ?
- Sur quels sites : combien, quels pays, quels secteurs, clients de quel éditeur ?
- Sur quelle période ?
- Les robots sont-ils filtrés, et comment ?
- La moyenne est-elle pondérée par le trafic ?
- Une acceptation partielle compte-t-elle comme une acceptation ?
Si la source ne répond pas à au moins la première question, le chiffre ne doit pas servir de point de comparaison.
Pourquoi nous ne publions pas de benchmark
On nous le demande souvent. ConsentLift mesure tous ses clients de la même façon, quelle que soit leur CMP, ce qui permettrait en principe une comparaison plus propre que celles d'un éditeur unique. Mais un benchmark par secteur n'a de sens qu'avec plusieurs dizaines de sites par catégorie. En dessous, c'est la moyenne de quelques comptes avec une étiquette dessus. Nous en publierons un quand le volume le permettra, avec sa méthode complète.
En attendant, ce que nous pouvons montrer à une agence, c'est le taux de chacun de ses clients, mesuré avec la même définition, et son évolution. C'est l'objet de notre page agences.
Sources
- Didomi, « Benchmark : average consent rate in Europe », 19/03/2026 : https://didomi.io/blog/benchmark-average-consent-rate-europe
- Didomi, « Benchmark : consent rate by industry in Europe (2026) », 25/05/2026 : https://didomi.io/blog/benchmark-consent-rate-by-industry-europe-2026
- The Media Leader FR, 26/02/2026 (reprise du rapport Didomi 2026) : https://fr.themedialeader.com/seuls-54-des-internautes-parametrent-leurs-cookies-selon-une-etude
- Commanders Act, Baromètre Privacy 2025 (PDF) : https://www.commandersact.com/wp-content/uploads/2025/09/Barometre-Privacy-2025-FR.pdf
- Commanders Act, Privacy Barometer 2026, 15/06/2026 : https://www.commandersact.com/resources/white-papers/privacy-barometer-2026/
- Cookiebot, « Getting started with Consent Rate Benchmark » : https://support.cookiebot.com/hc/en-us/articles/30149510649884-Getting-started-with-Consent-Rate-Benchmark